Totalement autodidacte je peins depuis l’été 2001. Les choses ne se sont pas faites totalement de but en blanc car j’ai toujours aimé les activités manuelles, que j’ai pratiquées avec plus ou moins de succès et toujours de manière sporadique. Pour les 40 ans du mari d’une amie je me suis mise en tête de réaliser en contreplaqué détouré la tête peinte de leur mastiff. J’avais choisi une technique de découpage des couleurs, traitement par contour des différentes teintes, dont on limite volontairement le nombre, ce qui permet la reconnaissance du sujet mais exclut toute précision. Le matin du 4 juillet juste avant mon réveil j’ai rêvé de cette tête de mastiff et tout d’un coup j’ai su exactement comment il fallait que je m’y prenne pour arriver à un réalisme certain. Depuis ce matin là je peins sans trop me poser de questions. Si je «vois» le tableau il ne me faut que quelques heures pour le réaliser. Dans le cas contraire c’est beaucoup plus long et laborieux, et par deux fois j’ai même dû renoncer.
Mon cursus m’a conduite tout entier vers la peinture animalière. J’ai fait durant une année des études d’histoire de l’art qui m’ont permis de découvrir l’art qui me touchait. Les Maîtres Flamands, la Renaissance Italienne, les grands Figuratifs, les Surréalistes… Ensuite ma passion pour les animaux m’a conduite tout d’abord à faire du traîneau pendant 5 ans puis à élever et présenter en expositions des chiens pendant 5 autres années. Des Dobermanns, empreints de noblesse et de grâce, et des Pinschers nains, adorables lutins farceurs. Toute une série d’évènements malheureux m’ont conduite à arrêter cette activité fin 2003. Il m’en reste des souvenirs et de merveilleux compagnons de route. Parallèlement à cette activité d’éleveuse nous avons toujours eu à la maison des chats et des chiens qui n’avaient rien à voir avec l’élevage. C’est tout un troupeau en somme ! Avoir des animaux sous les yeux en permanence, essayer de détecter le beau avec le plus d’objectivité possible en exposition, a favorisé mon sens de l’observation. Le fait de savoir que selon toute vraisemblance ces amis à quatre pattes partiront avant moi m’a poussé à désirer garder une trace tangible de leur passage parmi nous.
Je prends les sujets que je veux réaliser en photo afin de pouvoir m’appuyer et me référer en permanence au sujet original car mon but reste d’approcher au plus près l’hyperréalisme. Les personnes qui veulent avoir un portrait de leur animal sont ainsi toujours satisfaites de retrouver ce dernier sur la toile avec ses particularismes. Mon travail sur les yeux est pour cela fondamental. La photo m’aide mais bien souvent les reflets cachent ce que je veux faire voir, ou sont inexistants, ou ne conviennent pas. Dans ces cas là je pense à l’animal que je peins, je me remémore ce que je sais de lui, si je l’ai rencontré directement c’est plus facile, sinon il me suffit d’en discuter avec leur propriétaire. Quand c’est un animal sauvage je pense à ce que je veux lui faire «dire». Cet état d’esprit centré sur mon sujet permet à mes mains de «bosser» toutes seules comme des grandes ! Il n’y a pas de difficultés particulières dans le fait de peindre, presque comme si je prêtais mes mains à quelqu’un d’autre !
Mes envies personnelles vont dans deux directions. La première qui est la plus « fun » consiste à prendre des photos avec un objectif spécial qui déforme le sujet (grosse truffe, petites pattes), puis à changer les couleurs de l’animal. Vous en avez un exemplaire, c’est le tableau qui s’appelle «EUX». La seconde direction de mon travail c’est de cadrer très serré l’animal au point de ne plus avoir de fond. Allez voir le tableau «URKISS», c’est un bon exemple. Le «Et qui est la souris maintenant ?» en est un autre mais moins abouti. Ces directions, qui semblent totalement opposées, parlent en fait de la même chose : L’animal déformé, tronqué, nié dans sa réalité. L’être humain en domestiquant certaines espèces animales a appauvri leur patrimoine génétique. Songez que le génome du loup contient celui du chien et de toutes ses variations et mutations. En revanche si nous croisions tous les chiens entre eux nous obtiendrions un équivalent du Dingo dont le génome ne serait pas l’équivalent de celui du loup. La somme des parties n’est pas égale au tout finalement… mais si vous voulez en savoir un peu plus sur les relations homme/animal telles que je les entends allez voir la page suivante : Le chien d’utilité / l’utilité du chien.
Quant aux
espèces sauvages nous pillons leur biotope, détruisons, même sans le
vouloir, leur environnement. Il ne restera bientôt plus que des « bouts » de
nature. Alors comme cet état de fait me hante, moi aussi je fais des
«bouts». Dans toutes ces pages, au fil de ces toiles, de ces animaux vous
verrez des œuvres de factures fort différentes. C’est dû à la nature des
commandes, car je réalise ce que le client/propriétaire me demande, et à
l’évolution de ma technique qui, comme je réinvente le monde tous les matins
en me levant
,
évolue par bond et soubresaut ! Je vous souhaite une bonne balade parmi
«mes» animaux qui, allez savoir, seront peut-être un jour les vôtres.
Cordialement,
Isabelle Mériot